Le site de Baldy apporte un éclairage nouveau sur l’occupation humaine du Néolithique moyen récent au pied du Mont Saint‑ Loup.
Contexte géographique
Le site se situe au sud‑est de la commune d’Agde, au lieu‑dit Baldy‑Saint‑Martin (figure 1). Cette zone, aujourd’hui en pleine expansion urbaine, occupe une terrasse géologique à environ dix‑sept mètres d’altitude, à 2,6 kilomètres du littoral méditerranéen et à proximité immédiate de l’étang de Thau.

La particularité du terrain tient à sa proximité directe avec le Mont Saint‑Loup, situé à moins d’un kilomètre au sud du site. Ce volcan éteint, dont les coulées basaltiques structurent le paysage depuis environ 700 000 ans, joue un rôle déterminant dans la géologie locale. Ses affleurements de basalte créent des reliefs irréguliers, des zones de dépression et des secteurs où les sols se sont accumulés au fil du temps.
L’emprise fouillée se trouve précisément dans l’une de ces petites dépressions naturelles, bordée par un affleurement basaltique. Longtemps consacrée à l’agriculture, cette zone a été progressivement remodelée par des travaux de terrassement, de nivellement et par l’urbanisation récente. Malgré ces transformations les vestiges préhistoriques ont été en partie conservés dans une zone où les colluvions se sont accumulées, elles se trouvaient presque directement sous la terre arable.
Découverte du site
L’intervention a été prescrite par le Service Régional de l’Archéologie suite à un projet de lotissement. Un diagnostic archéologique préalable, mené en 2023, avait révélé une quinzaine de structures en creux sur une petite partie des 18 000 m² explorés entre l’église de Baldy et le collège Notre‑Dame. La fouille préventive, réalisée par l’Inrap entre janvier et avril 2024 sur une emprise de 1 600 m², a permis d’étudier en profondeur ces vestiges avant leur destruction par les travaux de construction.
La fouille menée par l’Inrap en 2024 a mis au jour plus de 80 structures préhistoriques, réparties en deux ensembles distincts (figure 2). Au nord‑ouest, quelques fosses foyères appartiennent au Néolithique moyen. À l’est, un ensemble très dense de fosses se rattache au Néolithique final. Les vestiges se trouvaient presque directement sous la terre arable, à environ cinquante à soixante centimètres de profondeur.

Phase 1 : Le Néolithique moyen
Description des vestiges
Dans la partie nord‑ouest de l’emprise du site, la première occupation se manifeste par un alignement de fosses foyères sur douze mètres de long (figure 3). Ces fosses présentent une morphologie allongée, relativement homogène, ainsi qu’un comblement noir charbonneux (figure 4 et 5). La présence ponctuelle de blocs de basalte chauffés (figure 6), bien que partiellement résiduelle, indique que la gestion thermique faisait partie intégrante du fonctionnement de ces foyers, qu’il s’agisse de cuisson, de transformation de matières ou d’activités nécessitant un contrôle précis de la chaleur.




Datation
Les datations radiocarbone situent cette occupation autour de 4300 à 4200 av. J.-C.
Interprétation archéologique
Au‑delà de leur fonction immédiate, ces fosses foyères témoignent d’une organisation technique maîtrisée et probablement répétée pour des activités collectives ou saisonnières, plus probablement liées à la cuisson alimentaire. Ce type de structure de plein air n’est pas rare pour cette période : de nombreux sites du sud de la France ont livré des foyers en longueur ou de formes variées, parfois alignés les uns derrière les autres. Cependant, elles étaient jusqu’alors inédites dans le secteur agathois. Les fosses foyères de Baldy apportent ainsi un éclairage nouveau sur l’occupation humaine du Néolithique moyen récent au pied du Mont Saint‑ Loup.
Phase 2 : Le Néolithique final
Description des vestiges
La seconde occupation, beaucoup plus dense, se concentre dans la partie orientale du site, à proximité de la coulée basaltique. Elle se compose principalement de fonds de fosses de stockage (figure 7, 8, 9), organisées autour de fosses carrières (figure 10, 11) destinées à l’extraction de terre, puis réutilisées comme abris ou caves, comme en témoigne notamment la présence de reliquats de foyers à l’intérieur. À proximité immédiate de ces caves se trouve également le fond d’une structure de combustion interprétée comme un four souterrain (figure 12). L’ensemble forme ainsi une aire d’ensilage organisée autour d’une zone d’activité domestique. Le mobilier est rare mais caractéristique du Néolithique final, avec en particulier une forte proportion de tessons de céramique décorés de cordons, dont certains proviennent notamment de vases de stockage (figure 13).







Datation
Cinq datations radiocarbone situent cette occupation vers 3300 à 3100 av. J.-C. La cohérence des datations, associée à la typologie céramique et à l’organisation spatiale des structures, permet d’attribuer cet ensemble à la période chrono‑culturelle du Vérazien ancien.
Interprétation archéologique
L’organisation spatiale, associant stockage, extraction de matériaux et zones de cuisson en bordure d’une coulée volcanique, suggère une gestion structurée des ressources autour d’une installation domestique. Le site de Baldy se caractérise aussi par :
• une densité inhabituelle, pour cette période, de structures de stockage regroupées sur une petite surface.
• des fosses majoritairement comblées par des sédimentations naturelles et une quasi‑absence de couches de dépotoirs.
• une faible présence de mobilier archéologique malgré le nombre de structures ; en particulier l’extrême rareté du silex (figure 14), semble indiquer que les outils n’étaient pas laissés sur place.

Ces indices semblent démontrer que ce site était probablement une zone de travail agricole périodique, distante d’un habitat proprement dit. Par ailleurs, l’installation de champs agricoles au pied d’un volcan n’est sans doute pas le fruit du hasard. En effet, les populations néolithiques ont pu remarquer la qualité de ces terres, généralement fertiles et associées à des rendements plus importants. Il est ainsi possible qu’un ou plusieurs groupes d’agriculteurs néolithiques aient travaillé ces champs et stocké sur place une partie des récoltes. Il est également probable que certaines activités domestiques ou artisanales aient été réalisées sur place lors des périodes de travaux, comme la mouture des céréales (figure 15). L’essentiel de l’activité ne se déroulait cependant pas sur le site qui témoigne de façon inédite, du caractère spécialisé de certaines installations des agriculteurs du Néolithique final, entre le littoral et les pentes du Mont Saint‑ Loup.

Texte et illustrations © Yoann Thouvenot Inrap